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Pouls trimestriel30 juin 2026 · 15 min de lecture

Pouls de l'immobilier suisse — T2 2026

Le trimestre où le marché locatif s'est resserré par les deux bouts.

Les chiffres clés en un coup d'œil
Taux de vacance
1.00%
juin 2025 — au plus bas depuis 2013 ; cinquième baisse annuelle consécutive (OFS)
Logements vacants
48,455
En recul de 6.8% sur un an ; Genève 0.34%, Zoug 0.42%, Zurich 0.48%
SNB policy rate
0.00%
Reconfirmé le 18 juin 2026 ; en vigueur depuis juin 2025
Population
9.1M
Fin 2025 ; croissance de +0.8%, solde migratoire net de 77,300 (OFS)
Completions
~40,800
Creux 2024 ; ~45 800 projetés en 2026 contre 51 000+ par an en 2013-2018
Loyers demandés
+1.8%
Sur un an à fin 2025, après +4.7% en 2024 — dynamique en ralentissement (Wüest Partner)
Prévisions de prix 2026
+2.8% / +3.1%
Appartements en propriété / maisons individuelles (Wüest Partner) ; T1 2026 déjà +3.5% sur un an (UBS)
Structure d’occupation
~58%
Occupé par des locataires ; loyer moyen de CHF 1,485 (2024, OFS) ; taux de mobilité 9.3%

Le T2 2026 n’a pas été un trimestre spectaculaire pour l’immobilier suisse. Il a été quelque chose de plus important : un trimestre de confirmation.

Le marché suisse ne s’est pas tendu sous l’effet d’un choc unique. Il s’est tendu parce que les deux côtés de l’équation locative ont évolué dans le mauvais sens en même temps. La demande est restée structurellement forte, portée par la croissance démographique, la formation des ménages, la migration, la concentration urbaine et la difficulté persistante d’accéder à la propriété. L’offre, quant à elle, est demeurée trop lente, trop contrainte et trop inégale pour absorber cette demande.

Il en résulte un marché locatif comprimé des deux côtés : davantage de personnes en quête de logement, moins de logements disponibles et un marché de la propriété qui demeure suffisamment cher pour maintenir de nombreux ménages en location plus longtemps.

À retenir

Premièrement, la pénurie de logements locatifs n’est plus seulement une affaire zurichoise ou genevoise. La pression reste la plus visible dans les grandes régions urbaines, mais la logique se diffuse : communes bien desservies, cantons fiscalement attractifs, villes universitaires, corridors pendulaires et villes de taille moyenne sont de plus en plus happés par le même déséquilibre. La vacance a désormais reculé cinq années consécutives, à 1.00% au niveau national — et à 0.34% à Genève, 0.42% à Zoug et 0.48% à Zurich.

Deuxièmement, la faiblesse des taux d’intérêt n’a pas résolu la question de l’accessibilité. La SNB a reconfirmé son taux directeur de 0.00% le 18 juin 2026, en vigueur depuis juin 2025, et les conditions hypothécaires sont nettement plus favorables que durant le cycle de resserrement de 2022–2023. Mais des taux plus bas soutiennent aussi les prix, la demande des investisseurs et la concurrence pour des actifs rares. Un financement meilleur marché n’aide les acheteurs que s’il y a suffisamment de biens à acheter. En Suisse, ce n’est pas le cas.

Troisièmement, le marché de la propriété renforce la pression locative. Les prix des logements en propriété étaient déjà supérieurs de 3.5% sur un an au T1 2026, et Wüest Partner prévoit une hausse des prix de transaction de 2.8% pour les appartements en propriété et de 3.1% pour les maisons individuelles sur l’ensemble de 2026. Cela maintient de nombreux ménages plus longtemps sur le marché locatif, en particulier les primo-accédants confrontés aux exigences de fonds propres, aux tests de faisabilité financière et à un stock disponible limité.

Quatrièmement, le pipeline de construction ne s’améliore que lentement. Les achèvements ont touché un plancher d’environ 40,800 logements en 2024 et devraient se redresser à quelque 45,800 en 2026 — un niveau encore bien en deçà des plus de 51,000 livrés chaque année entre 2013 et 2018, et inférieur à ce qu’exige la demande. La pénurie n’est donc pas l’affaire d’un seul trimestre. C’est un déséquilibre structurel pluriannuel.

Cinquièmement — et c’est la nuance que la plupart des commentaires manquent — la quantité et le prix racontent des histoires différentes. La quantité de logements disponibles ne cesse de se réduire, et pourtant la croissance des loyers affichés a nettement décéléré : environ +1.8% sur un an à fin 2025, après +4.7% en 2024. La tension est réelle, mais elle se manifeste par une raréfaction des logements et une perte de choix pour les locataires, non par une envolée des loyers. Les moyennes qui ne suivent que les niveaux de loyer sous-estiment à quel point le marché est réellement devenu difficile.

Le marché locatif : une pression des deux côtés

L’expression « tension des deux côtés » a son importance.

Du côté de la demande, la Suisse continue d’attirer résidents, travailleurs, étudiants et talents internationaux. La population résidante permanente a atteint 9.1 millions à fin 2025. La croissance a ralenti à 0.8% — le solde migratoire net est passé de 82,800 en 2024 à 77,300 — mais est restée bien au-dessus de la moyenne de long terme, d’environ 65,000. Plus d’habitants signifie plus de ménages, et plus de ménages signifie plus de demande de logements, en particulier à proximité des pôles d’emploi et des infrastructures de transport. Même lorsque l’immigration ralentit, la pénurie accumulée ne disparaît pas.

Du côté de l’offre, le marché ne peut pas réagir assez vite. Les cycles de planification sont longs. L’octroi des permis est complexe. Le terrain est rare là où la demande est la plus forte. Les coûts de construction restent élevés. Les oppositions locales freinent la densification. Et même lorsque les projets sont approuvés, leur achèvement prend des années.

Il en découle une dynamique de marché simple mais puissante : chaque logement locatif disponible devient plus disputé.

Pour les locataires, cela signifie moins de choix, des décisions plus rapides et un moindre pouvoir de négociation. Pour les propriétaires bailleurs, cela signifie un risque de vacance plus faible et une meilleure visibilité des revenus. Pour les investisseurs, cela signifie que les actifs locatifs résidentiels demeurent attractifs. Le rapport immobilier du T2 2026 de Julius Baer décrit des taux d’intérêt bas, de faibles taux de vacance et une pression d’investissement persistante comme continuant de soutenir le marché immobilier suisse, l’immobilier résidentiel étant particulièrement recherché pour ses flux de revenus stables et prévisibles.

Fig. 01 — Vacancy: the floor keeps dropping
National
1.00%
Zurich
0.48%
Zoug
0.42%
Geneva
0.34%
Vacance locative, juin 2025 — le taux national est le plus bas depuis 2013, après cinq baisses annuelles consécutives. Source: FSO/BFS vacancy count, June 2025.

Le marché de la propriété : plus solide, mais pas plus facile

Le marché de la propriété s’est amélioré sur le plan du sentiment au cours du T2, car les conditions de financement sont restées favorables. Mais « favorable » ne veut pas dire « abordable ».

Le taux directeur de 0% de la SNB offre au marché un socle de confiance. Il atténue le choc des coûts de financement et donne aux acheteurs davantage de visibilité. Mais l’accessibilité en Suisse ne se détermine pas par les seuls taux d’intérêt. Elle se détermine par quatre forces conjuguées : le niveau des prix, le revenu, les fonds propres et les calculs réglementaires de faisabilité financière.

Les prix restent élevés. L’offre reste mince. Les banques restent disciplinées. Et les ménages ont toujours besoin d’un capital important pour acheter.

C’est pourquoi des taux plus bas peuvent paradoxalement aggraver la pénurie locative. Certains ménages peuvent de nouveau acheter, mais pas assez pour résorber la demande locative. Dans le même temps, les investisseurs profitent eux aussi de coûts de financement plus faibles, ce qui soutient les prix des actifs et la concurrence pour les biens de rendement.

C’est là le paradoxe suisse du T2 2026 : de l’argent meilleur marché a aidé le marché, mais ne l’a pas détendu.

Fig. 02 — The scissors: rents cool, prices don’t
Loyers demandés · 2024
+4.7%
Loyers demandés · 2025
+1.8%
Prix propriétaires · T1 2026
+3.5%
Apartments · 2026F
+2.8%
Houses · 2026F
+3.1%
Croissance sur un an. La dynamique des loyers demandés a fortement ralenti alors même que la vacance recule ; les prix à l'achat continuent de dépasser les loyers. Source: Wüest Partner; UBS (Q1 2026).

Tableau régional : la pénurie se répartit davantage

Zurich, Genève, Lausanne, Bâle, Zoug et Berne demeurent les points de tension évidents. Mais l’histoire la plus intéressante est ce qui se passe autour d’eux.

La pénurie se déplace le long des lignes ferroviaires. Les communes bien reliées aux pôles d’emploi s’intègrent au même système de demande. Les familles évincées des centres-villes regardent plus loin. Les professionnels acceptent des trajets plus longs. Les investisseurs suivent la demande locative vers des localisations secondaires. Des communes autrefois jugées périphériques deviennent des « alternatives abordables » — jusqu’à ce qu’elles ne le soient plus.

Cela compte pour des plateformes comme Realeasty et Mulklick, car le marché ne peut plus se comprendre au seul travers de moyennes à l’échelle des villes. La véritable intelligence est micro-locale : parcelle, bâtiment, rue, desserte de transport, taux d’imposition, état de rénovation, profil énergétique, potentiel locatif et logique de densification future.

Sur un marché aussi tendu, l’écart entre deux communes voisines peut faire la différence entre surévalué et sous-évalué.

Construction : pas assez, pas assez vite

Le problème de l’offre n’est pas que la Suisse ne construit rien. C’est qu’elle ne construit pas assez, aux bons endroits, au bon rythme et dans le bon format.

Les achèvements ont dépassé en moyenne 51,000 logements par an entre 2013 et 2018. En 2024, ils sont tombés à environ 40,800 — le creux du cycle — et même le redressement attendu à quelque 45,800 unités en 2026 laisse la production bien en deçà de la demande. Les permis se sont redressés depuis 2024, mais le délai entre l’autorisation et la remise des clés se mesure en années, non en trimestres.

L’Office fédéral de la statistique établit le loyer moyen suisse à CHF 1,485 en 2024, le taux de propriété à 35.7% et le taux de mobilité annuel à 9.3%. Ces chiffres aident à comprendre pourquoi la pression locative est si persistante : la Suisse est structurellement un pays de locataires. Lorsque seul un tiers environ des ménages sont propriétaires de leur logement, l’offre locative n’est pas un marché secondaire. C’est l’infrastructure de logement centrale du pays.

L’offre de logements ne réagit pas comme un actif financier liquide. Elle réagit lentement, politiquement, physiquement et localement. C’est pourquoi le T2 2026 ne doit pas se lire comme une tension passagère. Il doit se lire comme le signe d’un cycle d’offre retardé.

Fig. 03 — The supply gap
2013–2018 average
51,000+
2024 · trough
40,800
2026 · projected
~45,800
Logements achevés par an. Même la reprise projetée pour 2026 laisse la production bien en deçà du rythme de la dernière décennie — et de la demande. Source: Wüest Partner.

Marché de l’investissement : le résidentiel demeure le cœur défensif

Pour les investisseurs, l’immobilier résidentiel suisse demeure l’une des classes d’actifs les plus défensives d’Europe. Les raisons en sont claires : faible vacance, forte demande locative, institutions stables, faible risque politique et un marché du financement profond.

Mais le T2 a aussi montré que l’opportunité devient plus sélective. Acheter n’importe quel actif résidentiel à n’importe quel prix n’est pas une stratégie. Avec une croissance des loyers affichés qui décélère alors même que la vacance recule, le bêta de marché global s’estompe. Le marché récompense désormais la précision : un potentiel locatif correct, des capex réalistes, une valorisation défendable, une planification de la rénovation énergétique, des hypothèses de rotation des locataires et une liquidité locale.

Lors du cycle précédent, les investisseurs pouvaient compter sur la baisse des taux et une appréciation générale du marché. Dans le cycle actuel, les rendements proviendront de plus en plus de l’intelligence opérationnelle : repérer les actifs mal évalués, comprendre la révision des loyers, maîtriser les coûts de rénovation, optimiser la performance énergétique et savoir où se déplace la demande avant qu’elle n’apparaisse dans les moyennes publiques.

C’est précisément là que l’intelligence de marché devient une infrastructure.

Ce que cela signifie pour les locataires

Les locataires doivent s’attendre à ce que le marché reste difficile durant le second semestre 2026. Les appartements les plus attractifs continueront de partir vite. La souplesse sur la localisation, le calendrier et le type de bâtiment comptera.

L’implication pratique est simple : les locataires doivent mieux se préparer avant de chercher. Dossier, justificatifs de revenus, références et rapidité de décision font désormais partie du processus de location. Sur des marchés tendus, le meilleur candidat n’est pas toujours le ménage au revenu le plus élevé. C’est souvent le dossier le plus complet et le moins risqué.

Ce que cela signifie pour les acheteurs

Les acheteurs ne doivent pas présumer qu’attendre améliore automatiquement l’accessibilité. Des taux plus bas peuvent aider, mais une offre limitée peut annuler cet avantage par des prix plus élevés — comme le démontre le gain de 3.5% sur un an déjà enregistré au T1 2026.

La question clé n’est plus « le marché suisse est-il cher ? ». Il l’est. La meilleure question est : « ce bien précis est-il correctement évalué au regard de sa localisation, de son état, de l’alternative locative, du coût de financement et de la liquidité à long terme ? »

Les acheteurs ont besoin d’une logique de valorisation plus fine, pas de davantage d’annonces.

Ce que cela signifie pour les vendeurs

Pour les vendeurs, le T2 2026 reste constructif. La rareté soutient les prix, en particulier pour les biens bien situés, économes en énergie, rénovés ou générateurs de revenus.

Mais les vendeurs doivent être prudents. Le marché est solide, pas irrationnel. Les acheteurs sont mieux informés, les banques restent disciplinées et les tests de faisabilité financière comptent toujours. Une surévaluation peut encore briser la dynamique.

Les processus de vente les plus performants seront ceux qui justifient le prix par des preuves : transactions comparables, demande locale, qualité de la rénovation, économies d’énergie, potentiel locatif et logique de financement.

Ce que cela signifie pour les courtiers

Pour les courtiers, le T2 2026 confirme que le métier passe de la présentation à l’intelligence.

Sur un marché tendu, les courtiers ne l’emportent pas seulement en publiant des annonces. Ils l’emportent en expliquant clairement le marché, en qualifiant correctement les acheteurs, en fixant des prix défendables et en réduisant les frictions entre l’intérêt et la conclusion.

Le courtier capable de dire « voici le prix, et voici pourquoi » surpassera celui qui se contente de dire « le marché est solide ».

La lecture Mulklick

Le marché immobilier suisse pardonne de moins en moins l’information faible.

Quand l’offre est abondante, les utilisateurs peuvent parcourir. Quand l’offre est tendue, les utilisateurs ont besoin d’intelligence. Ils doivent comprendre le prix, le calendrier, la pression sur les loyers, le financement, la qualité de l’emplacement, le profil énergétique et le risque de transaction avant d’agir.

Tel est le rôle de Mulklick : transformer des signaux immobiliers suisses fragmentés en une image de marché coordonnée.

Le T2 2026 montre précisément pourquoi cela compte. Le marché n’est pas seulement cher. Il est comprimé, local, sensible aux données et de plus en plus asymétrique. Acheteurs, vendeurs, locataires, propriétaires bailleurs, courtiers et investisseurs contemplent tous la même pénurie sous des angles différents.

Les gagnants ne seront pas ceux qui auront le plus d’annonces. Ce seront ceux qui disposeront de l’intelligence la plus claire.

Perspectives pour le 2ᵉ semestre 2026

Le second semestre 2026 devrait rester tendu.

La rareté locative devrait persister, en particulier dans les régions urbaines et bien desservies, même si la croissance globale des loyers reste modérée. Les prix de la propriété resteront probablement soutenus par une offre limitée et de faibles coûts de financement — la SNB n’a signalé aucun changement sur l’horizon de prévision. La construction s’améliorera, mais pas assez pour modifier rapidement l’équilibre du marché. Les investisseurs resteront concentrés sur le revenu résidentiel, mais la discipline de souscription comptera.

Le plus grand risque n’est pas un effondrement soudain. Le risque le plus important est une normalisation lente qui n’arrive jamais vraiment pour les ménages — parce que l’offre reste structurellement en retard sur la demande.

Le T2 2026 n’a donc pas été le trimestre d’un tournant de marché. Il a été le trimestre qui a confirmé la nouvelle référence :

La Suisse est entrée dans un marché du logement où la rareté n’est plus un bruit passager. Elle est la condition de fonctionnement.

Et dans ce marché, l'intelligence n'est plus une option premium. C'est l'infrastructure.

Sources et notes sur les données

Vacance, population, structure d'occupation, loyers et taux de déménagement : Office fédéral de la statistique (OFS), dénombrement des logements vacants de juin 2025 et relevé structurel. Taux directeur : appréciations de politique monétaire de la BNS de juin 2025 au 18 juin 2026. Logements achevés et indices de loyers : Wüest Partner ; données et prévisions de prix : Wüest Partner et UBS (T1 2026). Commentaire sur le marché de l'investissement : rapport immobilier T2 2026 de Julius Baer. Tous les chiffres reflètent les dernières données disponibles au moment de la rédaction ; les chiffres trimestriels sont provisoires.

Ce rapport n'est que la surface.

La profondeur au niveau communal derrière chaque chiffre — historique, comparaisons, alertes — est ouverte aux professionnels.

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